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Idrissa Fall Cissé alerte sur la grève des greffiers : « La justice est paralysée, il faut agir vite »
La grève des greffiers, entamée depuis le 18 juin, continue de plomber le fonctionnement de la justice sénégalaise. Alors que les négociations entre le gouvernement et les syndicats peinent à aboutir, le chroniqueur judiciaire Idrissa Fall Cissé tire la sonnette d’alarme. Il appelle les autorités, en particulier le Premier ministre Ousmane Sonko, à intervenir d’urgence pour éviter une crise prolongée.
Selon lui, la situation actuelle constitue une paralysie inédite de l’appareil judiciaire. « Aucun procès ne peut se tenir, sauf en matière pénale ou devant le juge d’instruction, sans la présence du greffier. Et ce dernier ne se limite pas à prendre note : il est le garant de l’authenticité et de la régularité de toute la procédure », rappelle M. Cissé.
En effet, au-delà des salles d’audience, les greffiers jouent un rôle central dans l’administration publique. La délivrance des casiers judiciaires, la légalisation des certificats de nationalité ou encore l’enregistrement des entreprises au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM) sont aujourd’hui à l’arrêt. Une situation qui affecte directement étudiants, entrepreneurs, candidats aux concours et justiciables.
« C’est toute la chaîne administrative et judiciaire qui est grippée, et cela a un coût humain et économique réel », insiste le chroniqueur. Il s’inquiète notamment du sort des détenus, en pleine période de forte canicule : « Beaucoup attendent d’être jugés ou auditionnés. Ce retard peut avoir des conséquences graves sur leurs droits fondamentaux. »
Face à l’échec des discussions entre l’État et les syndicats de greffiers, notamment le SYTJUST et l’UNTJ, Idrissa Fall Cissé en appelle à une implication personnelle du chef du gouvernement. « Il faut que le Premier ministre entre dans le dialogue. Les réquisitions ne feront que durcir la position des grévistes. On est dans une période de pacte de stabilité sociale, il faut privilégier la concertation. »
Tout en appelant à la satisfaction des revendications légitimes des greffiers, il suggère qu’une solution intermédiaire soit trouvée dans les plus brefs délais. « Même sans accord global, il est possible de mettre en place un service minimum. Il s’agirait d’assurer les dossiers urgents, la délivrance des documents administratifs vitaux, notamment pour les élèves, les étudiants et les candidats aux concours. »
À ce stade, aucun compromis ne semble en vue. Mais la pression monte du côté de la société civile et des professionnels de la justice, qui redoutent une paralysie prolongée et destructrice.
Aïda Camara